Conversation à bâtons rompus avec Badou Zaki, une légende du football marocain

Date de publication : Décembre 2025

Gardien emblématique des années 1980, Badou Zaki a porté haut le maillot national marocain lors de la Coupe du monde 1986, ainsi que de plusieurs CAN avant de passer entraîneur en 1993. Aujourd’hui sélectionneur de l’équipe nationale du Niger, il affiche toujours la même flamme. Rencontre à Casablanca, quelques jours avant la TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations Maroc 2025, pour raviver des souvenirs marquants, mais surtout pour aborder le sujet du football africain, avec son franc-parler légendaire.

Que vous évoque la Coupe du monde 1986 au Mexique ?

Ce Mondial était unique à bien des égards. L’équipe nationale y a signé un exploit historique. Le Maroc a été le premier pays africain et arabe à franchir le premier tour et à atteindre les huitièmes de finale, malgré un « groupe de la mort » (Portugal, Pologne, Angleterre). Alors que personne n’osait même espérer un nul, nous avons pourtant fini premiers. Une performance qui a touché tous les Marocains en plein cœur et qui a révélé au monde que notre pays comptait des gardiens de très haut niveau.

Sur le plan personnel, l’émotion a été tout aussi intense, tant dans ma vie professionnelle que familiale. Le Mondial 1986 m’a offert une véritable reconnaissance internationale : des clubs m’ont repéré, les offres ont afflué, un contrat en Espagne m’attendait. Jouer en Liga était un rêve. Et puis il y a ce souvenir immense, lors du match contre l’Allemagne : ma fille est née, et Feu Sa Majesté le Roi Hassan II a eu l’extrême bonté de lui donner le prénom de la Princesse Lalla Hasnaa. Pour toutes ces raisons, cette Coupe du monde, qui était aussi la première à laquelle j’ai participé, est restée gravée dans ma mémoire.

Au début des années 1990, vous devenez entraîneur. Une suite naturelle de votre carrière de joueur ou une véritable envie ?

Je suis entré dans ce métier par la grande porte. Je ne me suis pas improvisé coach simplement sur la base des 118 sélections à mon actif. Je suis allé me former sérieusement en Angleterre, j’ai obtenu des diplômes, étape par étape, et j’ai construit mon parcours. Dieu merci, je suis fier de ce qui a été accompli. Nous avons été finalistes de la CAN 2004 et à deux doigts d’un deuxième titre, mais face à la Tunisie, pays hôte, donc porté par un plus grand nombre de supporters, et avec des pressions en coulisses, il était difficile de ramener la coupe. Malgré tout, Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, nous a reçus chaleureusement et a décoré joueurs et staff.

Sur le plan personnel, avez-vous un rituel pour les grands matchs ?

Après un café et un petit moment d’isolement, j’appelais toujours ma mère. J’avais besoin d’entendre sa voix, sa prière et sa bénédiction. Ensuite, je pouvais entrer sur le terrain.

Comment jugez-vous l’organisation et les infrastructures mises en place pour l’accueil de la TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations Maroc 2025 ?

Deux mots me viennent immédiatement à l’esprit  : fierté et sérénité. Le Maroc sait parfaitement organiser il a déjà accueilli plusieurs compétitions majeures, dont la Coupe du Monde des Clubs à trois reprises, en recevant des institutions comme le Real Madrid ou le Bayern Munich. Les supporters, venus du monde entier, sont repartis impressionnés par l’organisation, la créativité et les valeurs partagées. Pour ce rendez-vous continental majeur, nous sommes prêts : les responsables maîtrisent leur sujet, la Fédération est expérimentée et il y a des infrastructures de très haut niveau. On ne vise pas seulement un haut niveau, mais l’excellence et tout le monde est mobilisé. C’est aussi un galop d’essai avant le Mondial 2030. Le Maroc et la Fédération Royale Marocaine de Football s’apprêtent à offrir au public africain, et à tous ceux qui regarderont partout dans le monde, une compétition exceptionnelle.

Comment jugez-vous la sélection actuelle ? Et quelles sont, selon vous, ses chances de réussite ?

Je parle en homme de terrain : aujourd’hui, nous avons tout — une sélection de très haut niveau, des joueurs que le monde nous envie et un coach, Walid Regragui, qui nous a menés loin en 2022. Mais il reste l’imprévisible : arbitrage, erreurs, réussite qui s’échappe (poteau, unique occasion adverse…).

Parfois, « c’est la coupe qui vous choisit ». Pour moi, cette équipe peut gagner à domicile si certains paramètres tournent en notre faveur. Soyons prêts, limitons les fautes, concrétisons 30–40 % des occasions. Le trophée est à notre portée.

Comment jugez-vous l’évolution du football africain depuis l’époque où vous étiez joueur ?

Honnêtement, il reste du travail. De très bonnes sélections (Nigeria, Sénégal, Côte d’Ivoire…) s’appuient souvent sur des joueurs partis très tôt se former en Europe ; nos championnats, clubs et centres de formation doivent encore évoluer et s’améliorer.

Pour sa part, porté par la vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, le Maroc est en train de construire un nouveau modèle. Depuis une quinzaine d’années, l’Académie Mohammed VI et d’autres structures posent des bases solides. Les clubs se structurent, des formations sont mises en place et on en récolte déjà les fruits. Presque toutes les catégories, A, U20, U17, sans oublier le football féminin, jouent au niveau mondial et remportent des victoires.

Patience et confiance : la vision royale est là, le staff, les infrastructures, les joueurs aussi… le reste suivra.

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