IA et football africain : au cœur d’une révolution

De la détection des talents à la prévention des blessures, l’intelligence artificielle s’invite de plus en plus dans le football, particulièrement sur le continent africain. Une mutation qui ouvre des perspectives prometteuses, à condition de conjuguer technologie et éthique.

Un marché en plein essor, encore sous-exploité

En Afrique, le marché de la SportTech croît rapidement, même si son potentiel demeure encore quelque peu sous-exploité. Selon un rapport du cabinet BearingPoint, les investissements dans ce secteur n’atteignent que 5,3 millions de dollars, loin des 41,8 milliards attendus au niveau mondial d’ici 2027.

Toujours selon ce document, la dynamique est portée par l’essor de la data analytics, des objets connectés et de l’IA appliquée au sport, qui améliorent à la fois la performance des athlètes et la gestion des événements.

À l’échelle du continent, l’IA pourrait générer jusqu’à 136,2 milliards de dollars de bénéfices économiques d’ici 2030. Au Nigeria, Afriskaut s’appuie sur l’IA pour détecter de nouveaux talents ; en Afrique du Sud, Genius Sports déploie des algorithmes d’analyse de performance ; au Kenya, la plateforme Zindi aide à anticiper l’affluence afin d’optimiser la logistique et la gestion des infrastructures. Ces innovations dessinent un marché africain plus structuré, capable d’industrialiser la donnée au service du jeu, des fans et des organisateurs.

L’IA, amplificateur des forces du football marocain

Sous l’impulsion de la TotalEnergies CAF CAN 2025 et de la Coupe du Monde 2030, l’IA s’impose comme levier d’accélération. « Ces événements, qui attirent des millions de spectateurs, nécessitent une coordination logistique sans faille et une sécurisation accrue. L’IA permet d’y répondre en facilitant l’analyse des flux des spectateurs, la gestion des infrastructures et la personnalisation des contenus diffusés », souligne Hicham Kasraoui, Senior Consultant Africa & International Development chez BearingPoint. « Au fond, l’IA peut amplifier les forces du football africain : révéler des talents, prolonger des carrières, professionnaliser des clubs et engager les foules. Mais pour que l’outil serve l’humain et non l’inverse, il faudra conjuguer technologie et éthique, vision économique et gouvernance inclusive », ajoute-t-il.

Du feeling aux datas : la SportTech change la donne

L’impact se voit d’abord dans les centres de formation et l’écosystème de la SportTech : caméras et algorithmes produisent désormais des profils de joueurs et des trajectoires objectives, transformant l’intuition en métriques utiles aux entraîneurs et aux recruteurs. Des sociétés prometteuses comme Sports Ai l’illustrent.

Fournisseur officiel de la Ligue 1 au Québec, Sports Ai a ouvert un bureau au Maroc pour se rapprocher du marché africain et européen. « Le Maroc incarne un carrefour unique où passion footballistique, infrastructures en pleine expansion et écosystème technologique dynamique se rencontrent. Ouvrir un bureau au Maroc s’impose naturellement pour soutenir l’essor du football africain, collaborer avec un vivier de talents locaux et contribuer au développement d’innovations qui feront rayonner le sport sur le continent », souligne Tarik Agday, CEO et co-fondateur de Sports Ai.

L’IA aujourd’hui et demain


La Fédération Royale Marocaine de Football accélère sa transformation numérique : la digitalisation de la feuille de match renforce la gouvernance des compétitions et la gestion des effectifs. Côté terrain, des clubs tels que le FUS de Rabat exploitent déjà des outils d’analyse avancés pour optimiser les performances, affiner les stratégies et personnaliser l’entraînement.  L’IA contribue aussi à la prévention des blessures via la surveillance biométrique et l’analyse prédictive. Marwane Lotfi et Karim Hassani du Laboratoire Intelligence Machine (FST Mohammedia) ont développé des modèles analytiques contextualisés pour coller au jeu marocain. « Nous avons longuement travaillé avec le coach Jamal Sellami et son staff pour saisir sa philosophie de jeu : une démarche profondément humaine visant à modéliser sa vision et à contribuer à ses exploits », explique Marwane Lotfi. « Nous ne pensons pas que l’IA remplacera l’humain, mais ceux qui sauront l’adopter dépasseront ceux qui restent aux méthodes d’hier. »

La SportTech s’ancre sur le continent et, au Maroc, le mouvement s’accélère. En quelques années, un écosystème solide s’est construit et les performances récentes des équipes A, U17, U20 et du futsal l’ont révélé. Avec la CAN 2025 et le Mondial 2030, l’émulation gagne clubs, centres de formation, stades et médias. Pour aller de l’avant, l’IA s’impose naturellement : mieux détecter, prévenir les blessures, optimiser l’organisation, parler aux fans. Les pros l’ont compris et la dynamique est lancée.

Par Ismaila SY

Autres articles

doré-beige
Aéronautique marocaine : cap sur une croissance à forte valeur ajoutée

Aéronautique marocaine : cap sur une croissance à forte valeur ajoutée

Portée par une montée en puissance soutenue ces dernières années, l’industrie aéronautique marocaine s’impose aujourd’hui…

IA et football africain : au cœur d’une révolution

IA et football africain : au cœur d’une révolution

De la détection des talents à la prévention des blessures, l’intelligence artificielle s’invite de plus…