Du patrimoine aux nouvelles voix, la scène littéraire marocaine en lumière

Photo: Aissa Saouiri

Du 1er au 10 mai 2026, le Salon international de l’édition et du livre transforme Rabat en un vaste territoire de découvertes, de redécouvertes et de rencontres. Au fil des milliers de pages, de voix et de mondes qui s’y croisent, nous avons choisi de vous inviter à explorer l’univers de Driss Chraïbi, dont le centenaire de la naissance est salué cette année par un hommage et la parution d’une anthologie, et à aller à la rencontre de Soundouss Chraïbi et Samira El Ayachi, deux voix qui, chacune à leur manière, incarnent la vitalité de la littérature marocaine d’aujourd’hui.

Driss Chraïbi : lire, relire, transmettre

Ce printemps marque l’ouverture d’une année de commémoration consacrée à Driss Chraïbi, à l’occasion du centenaire de sa naissance.

Après un hommage artistique à El Jadida, sa ville natale, le Salon International de l’Édition et du livre de Rabat, qui se tient à Rabat du 30 avril au 10 mai, lui dédie plusieurs tables rondes.

Pour accompagner cet hommage, un coffret réunissant sept de ses romans majeurs paraît pour l’occasion, en français et en arabe. Une invitation à découvrir ou redécouvrir cet écrivain majeur né le 15 juillet 1926 et disparu en 2007.

Une célébration juste et pleine de sens, tant son œuvre reste étonnamment actuelle.

Un homme libre

Driss Chraïbi occupe une place majeure dans la littérature marocaine de langue française. Plusieurs de ses romans figurent encore aujourd’hui au programme d’écoles et d’universités dans de nombreux pays à travers le monde. Kacem Basfao, historien de la littérature maghrébine et grand spécialiste de son œuvre,  le décrit comme « un classique universel et un précurseur de l’actualité ». Dans la postface du coffret édité par le Conseil de la Communauté Marocaine à l’Etranger, il le qualifie aussi d’« homme libre ». Et de fait, toute son œuvre est habitée par cette liberté : une écriture qui bouscule, ouvre des brèches et explore des territoires inattendus . Dès Le Passé simple, paru en 1954, il fait scandale, bouscule l’ordre patriarcal, dénonce les hypocrisies sociales, interroge le poids des traditions figées et fait émerger avec une force inédite la voix de l’individu dans la littérature marocaine. Et, livre après livre, il ne cessera d’élargir le champ des possibles.

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D’un monde à un autre

L’étendue des thèmes et des univers que Driss Chraïbi traverse au fil de son œuvre est frappante.

Écrivain de la révolte intime, il est aussi celui des fractures historiques et des blessures collectives.

Avec Les Boucs, publié en 1955, il livre un texte pionnier sur l’immigration nord-africaine en France, d’une grande lucidité. Avec La Civilisation, ma Mère ! …, il aborde l’émancipation féminine avec une fantaisie tendre, en avance sur son temps.

Dans Succession ouverte, il explore la filiation, le retour au pays, la mémoire, et tout ce que l’on porte en soi, sans toujours en avoir conscience.

Un écrivain pluriel

Driss Chraïbi échappe à toute classification.

Romancier, satiriste, visionnaire, mémorialiste, essayiste, homme de radio, auteur pour la jeunesse, il multiplie les formes et les registres.

Du roman philosophique avec L’Âne, à la critique politique avec La Foule, du lyrisme amoureux de Mort au Canada à la veine amazighe, avec Une enquête au pays, La Mère du printemps et Naissance à l’aube, il revisite sans cesse de nouveaux territoires : les origines, l’histoire et les racines profondes du Maroc.

À cela s’ajoutent L’Homme du Livre, œuvre spirituelle singulière, et la merveilleuse série de l’Inspecteur Ali, où humour, fantaisie et ironie deviennent autant de manières, très sérieuses, de décrypter le monde.

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L’humour comme arme de liberté

Chez Driss Chraibi, la  gravité  ne pèse jamais. L’humour traverse toute son œuvre, tour à tour  acide, tendre, ravageur ou malicieux. Il allège sans affaiblir, et  permet de dire l’injustice, le pouvoir, les dominations, les fractures du siècle,  avec une rare liberté de ton . C’est cette alliance de profondeur, d’insolence et d’inventivité qui rend son œuvre plus vivante  que jamais.

Une œuvre aux multiples entrées

Alors, quel livre conseiller à celui qui ne connaît pas encore l’œuvre de Driss Chraïbi ? Les réponses sont multiples.

L’entrée peut se faire par la révolte du Passé simple, par la question migratoire des Boucs, par la jubilation de La Civilisation, ma Mère ! …, par la fantaisie policière de l’Inspecteur Ali, par les récits de mémoire ou encore par le retour lyrique vers la nature et les origines.

Il n’existe pas de clé unique, mais une multitude de portes, chacune conduisant à une œuvre qui accompagne, émeut, interpelle parfois, et aide à interroger le passé, le présent et l’avenir.

Date Publication Mai 2026

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