Trente-sixième Biennale de São Paulo : l’humanité en mouvement

Date de publication : Décembre 2025

São Paulo accueille, du 6 septembre 2025 au 11 janvier 2026, la 36ᵉ édition de sa Biennale d’art contemporain, la seconde plus ancienne au monde après Venise. Les 30 000 m2 du pavillon Ciccillo Matarazzo, au cœur du parc Ibirapuera, réunissent 125 artistes autour d’un thème puissamment actuel : « Not All Travellers Walk Roads – Of Humanity as Practice » (Tous les voyageurs ne marchent pas sur les routes – l’humanité comme pratique). Une biennale qui se visite comme on suit un vol d’oiseaux : en se laissant guider par les courants – et par l’humanité.

« L’humanité n’est pas un état, c’est un verbe »

Conçue par le commissaire en chef Bonaventure Soh Bejeng Ndikung avec les co-commissaires Alya Sebti, Anna Roberta Goetz, Thiago de Paula Souza, la commissaire générale Keyna Eleison et la conseillère en stratégie et communication Henriette Gallus, cette édition s’inspire d’une œuvre de la poétesse afro-brésilienne Conceição Evaristo (Da calma e do silêncio). « Le temps de déshumanisation que nous expérimentons aujourd’hui montre que l’humanité n’est pas un état statique, mais qu’au contraire elle nécessite un engagement de chaque jour. Encourager l’écoute et la relation humaine, tenter de réparer ce qui se passe aujourd’hui : telle est l’ambition de cette biennale. Et cela passe par donner de l’espoir, de l’énergie, de l’envie de se battre pour l’humanité », souligne la co-commissaire marocaine Alya Sebti, actuellement directrice de l’ifa-Galerie à Berlin.

Une cartographie par affinités, pas par frontières

Ici, pas de pavillons nationaux. Les curateurs ont dessiné la biennale comme un vol migratoire : on suit des routes, on croise des courants, on accoste des zones de confluence qui irriguent les trois niveaux du pavillon. Cette méthode évite les classements par États-nations et initie des dialogues inédits entre œuvres, contextes et mémoires. Les choix se sont construits à plusieurs mains : chacun des commissaires a apporté ses références et ses rencontres. Ensuite, toutes les sélections ont été débattues puis validées collectivement. Alya Sebti ajoute que plusieurs artistes marocains ont été proposés par d’autres commissaires – signe que la scène marocaine s’inscrit naturellement dans les axes de cette édition : la circulation, la mémoire, l’appartenance et l’écologie.

Une œuvre marocaine qui marque l’entrée du parcours

Au tout début de son cheminement, le visiteur foule un sol-œuvre imaginé à partir d’un motif de l’artiste plasticienne, Malika Agueznay, réalisé sous son contrôle avec ses deux filles, Amina Agueznay, également artiste plasticienne et Mehdia Agueznay, designer graphique. Elles ont su relever le défi de marier cette œuvre à celle de l’architecte brésilien Oscar Niemeyer, mondialement reconnu comme l’un des plus grands maîtres de l’architecture moderne. « Poser cette œuvre à l’entrée est fondamental. C’est un hommage à Amina Agueznay. Ainsi est accueilli le visiteur au début de son parcours », indique Alya Sebti.

Huit voix marocaines fortes et singulières

La présence marocaine est remarquée : huit artistes s’intègrent dans les routes qui traversent cette biennale vivifiante. De Meriem Bennani, dont les vidéos futuristes et incisives interrogent les identités postcoloniales, à Amina Agueznay, qui tisse matériaux naturels, savoir-faire et mémoires. Mais aussi les deux figures tutélaires du Groupe de Casablanca, Farid Belkahia et Mohamed Melehi, auxquelles s’ajoute Malika Agueznay, autre artiste majeure du modernisme marocain imprégnée de spiritualité et de symbolisme. Sans oublier la force de l’art brut de Chaïbia Talal, le regard actuel de Laila Hida sur les scènes locales et celui de Leila Alaoui qui parcourait le continent pour mettre en lumière les oubliés du monde. Toutes ces créations irriguent les imaginaires contemporains. « Ces pratiques, très différentes, partagent un ancrage réel dans nos contextes sociaux et politiques tout en ouvrant des perspectives globales. C’est exactement l’esprit de cette biennale », résume Alya Sebti.
Une biennale à découvrir absolument avant sa clôture le 11 janvier 2026

Un pont aérien Maroc–Brésil

Cette édition de la biennale s’inscrit dans une circulation très concrète entre Casablanca et São Paulo. « Le soutien de Royal Air Maroc a été crucial pour cette biennale en termes de conseils de route, d’accompagnement, …. Qu’il s’agisse d’acheminer les artistes ou leurs œuvres depuis le Maroc ou d’autres pays africains, la compagnie a rendu la logistique simple et flexible. Nous avons véritablement travaillé main dans la main. Casablanca a confirmé son rôle de hub continental, et l’ouverture de São Paulo a renforcé une connexion transatlantique essentielle », souligne Alya Sebti.

Horaire des vols de la ligne : lundi, mardi, jeudi et samedi – Casablanca 16:35 → São Paulo 22:25 ; Mardi, mercredi, vendredi et dimanche : São Paulo 00:25 → Casablanca 13:20

Par Michèle Desmottes

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