Touria El Glaoui : bâtir des ponts pour faire rayonner l’art africain

Moataz Nasr, The Mac Gate, 2019. DR

Fondée par Touria El Glaoui, fille du peintre marocain de renommée mondiale Hassan El Glaoui, 1-54 Contemporary African Art Fair s’est imposée comme la plateforme de référence de l’art contemporain africain. Après Londres et New York, la foire a investi Marrakech du 5 au 8 février 2026, pour sa septième édition, confirmant le rôle de la ville comme carrefour artistique entre l’Afrique et le monde. Entre l’hôtel La Mamounia et de nouveaux lieux emblématiques, cette édition ambitieuse a réuni galeries internationales, artistes majeurs et scènes émergentes. Touria El Glaoui revient sur son parcours, sa vision, et les enjeux d’un rendez-vous désormais incontournable.

Qu’est-ce qui vous a menée à concevoir 1-54 ?

J’ai grandi entourée d’art, au contact d’un artiste, de discussions passionnées sur la création et la transmission. Être la fille du peintre Hassan El Glaoui, c’était comprendre très tôt ce que signifie consacrer sa vie à une œuvre, avec tout ce que cela implique de rigueur, de doute et de liberté.

Je n’ai jamais ressenti le besoin de produire des œuvres pour exister dans ce monde-là. En revanche, j’ai toujours éprouvé le désir de créer des cadres et des contextes dans lesquels les artistes peuvent être vus, compris et reconnus à leur juste valeur. J’ai progressivement compris que mon rôle serait celui de passeuse, de médiatrice, presque d’architecte d’écosystèmes.

Il y a aussi une dimension historique et politique à cela. Grandir entre le Maroc et l’Europe m’a très tôt confrontée à l’absence des artistes africains et de la diaspora dans les récits dominants de l’histoire de l’art. Fonder 1-54, c’était répondre à ce manque, transformer une frustration intime en projet collectif

Emmanuel Andre

Entrance La Mamounia_1-54 Marrakech 2025. Courtesy Mohamed Lakhdar

Fatima Mazmouz, 08 Mauresque Voile, 2023, Photography, 60 x 80 cm. Courtesy of MCC Gallery

Quelle est la signification de 1-54 ?

Le nom « 1-54 » fait référence aux 54 pays du continent africain, chacun porteur d’une identité culturelle singulière et d’une histoire riche. En 2013, il était essentiel de créer une plateforme capable de présenter l’art contemporain africain dans un contexte mondial. Londres et New York constituaient des choix stratégiques, en tant que carrefours de l’art international. À l’époque, l’art africain était majoritairement regardé de l’extérieur. Notre ambition était précisément de déplacer ce regard, d’offrir aux artistes africains et de la diaspora un espace de visibilité et de reconnaissance à la hauteur de leur talent.

Installer 1-54 à Marrakech, était-ce une évidence et un pari ?

C’était à la fois un retour aux sources et un pari assumé. Marrakech est une ville qui me touche profondément, par ses racines culturelles autant que par sa position géographique unique entre l’Afrique et l’Europe. J’ai toujours cru en son potentiel pour devenir un véritable carrefour culturel, un pont où l’art africain dialogue avec le reste du monde.

Lorsque nous avons lancé l’édition marocaine, nous étions convaincus que Marrakech pouvait offrir un espace de dialogue entre les différentes cultures et un terrain propice à l’émergence de nouvelles collaborations.

Comment voyez-vous l’évolution de la place de l’art à Marrakech ?

Il existe aujourd’hui une dynamique réelle, portée par l’émergence de nouvelles galeries, de collectionneurs locaux et internationaux, et par une scène artistique de plus en plus vibrante. Des lieux emblématiques comme le Musée Yves Saint Laurent Marrakech, le Jardin Majorelle, ou encore des fondations privées telles que le MACAAL et la Fondation Montressoont largement contribué à cette transformation. Il reste néanmoins du chemin à parcourir, L’énergie est là, il s’agit désormais de consolider un écosystème solide, structuré et pérenne.

Vous parliez d’un art africain longtemps regardé de l’extérieur. Est-ce en train de changer ?

Oui, tout à fait. L’art africain vit aujourd’hui un moment charnière. Les artistes du continent et de la diaspora bénéficient d’une reconnaissance croissante, aussi bien sur la scène internationale, que sur le continent lui-même. On assiste à un véritable va-et-vient : les artistes exposent à Paris, Londres ou New York, mais aussi à Addis-Abeba, Dakar ou Lagos. Ce dialogue entre les scènes est fondamental, et il ne cesse de se renforcer.

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