Farid et Dina Bensaïd, la musique en héritage
Certaines histoires familiales ne se racontent pas seulement avec des mots, mais avec des notes.…
Certaines histoires familiales ne se racontent pas seulement avec des mots, mais avec des notes. Celle de Farid Bensaïd et de sa fille Dina se tisse dans un dialogue rare entre deux générations, deux parcours et un même amour du collectif. Lui, violoniste, est le fondateur de l’Orchestre Philharmonique du Maroc (OPM) et de la Fondation Ténor pour la Culture (FTC). Elle, pianiste et cheffe d’orchestre, en assure aujourd’hui la direction et prolonge cet élan avec sa propre sensibilité. Au fil de cet entretien croisé, la musique se révèle dans ce qu’elle a de plus essentiel : une transmission vivante, un engagement, et cette force singulière de dépasser la scène pour rassembler, élever et inscrire l’émotion dans la durée.
Farid Bensaïd, vous avez créé il y a trente ans le premier orchestre philharmonique professionnel du Maroc. Quel a été le moteur de cette initiative ?
Très simplement : l’amour de la musique. J’ai eu la chance de croiser des passionnés qui m’ont appris ce que signifie partager la musique, la vivre à plusieurs, la transmettre. Et puis il y avait cette fibre d’entrepreneur : le pari fou de créer un orchestre, pour le mettre au service de quelque chose de plus grand. J’avais cette conviction : le Maroc devait avoir son propre orchestre philharmonique. Peu y croyaient, mais je savais que la musique classique, universelle, avait toute sa place ici.
Nous avons réussi à constituer une véritable « équipe nationale » de plus de 60 musiciens marocains, qui attendaient l’occasion de se retrouver et de jouer ensemble.
Dina Bensaïd, vous êtes devenue la première cheffe d’orchestre marocaine. Était-ce une évidence ?
Je ne suis pas sûre que cela ait été une évidence un jour, et je ne l’ai pas vraiment cherché. J’ai surtout été fascinée par l’orchestre : après une formation au piano, un instrument très solitaire, j’ai eu envie de comprendre cette « immense machine à sons », comment elle fonctionne, comment elle respire. C’était d’abord une curiosité musicale, presque technique, pour enrichir mon jeu et apprendre à entendre autrement.
Et ce qui m’aide, c’est de me rappeler que je monte sur le podium au service de la musique et des musiciens : ma baguette n’a pas plus de valeur que leurs archets. Nous sommes là ensemble pour servir une œuvre. Mais je reste avant tout pianiste, et si je devais choisir, je n’hésiterais pas…
Quels sont aujourd’hui les principaux objectifs de l’OPM et de la FTC ?
Farid Bensaïd : Les défis sont nombreux et permanents. Certains pays portent une tradition de musique classique vieille de plusieurs siècles : nous les observons et apprenons, sans chercher à tout reproduire. Notre ambition est ailleurs : construire quelque chose qui nous ressemble, et faire émerger une véritable identité musicale marocaine. Comprendre qui nous sommes, et trouver comment le dire en musique, c’est notre ligne directrice.
Pourquoi avez-vous créé le programme d’insertion sociale et professionnelle Mazaya ?
Farid Bensaïd : Mazaya est né d’une conviction simple : la musique peut changer une trajectoire de vie. L’idée était d’en faire un levier social, un outil d’inclusion et un langage commun. Le programme s’adresse à des jeunes en situation précaire et qui sont déscolarisés, pour qui ce parcours devient une voie d’insertion sociale et professionnelle. Il répond aussi à un besoin plus structurel : former au Maroc des musiciens professionnels de niveau international. Mazaya propose un accompagnement complet et structuré, dans un cadre stable et exigeant, avec les moyens nécessaires pour se former sérieusement. C’est un projet artistique, social, éducatif et profondément humain.
L’orchestre célèbre cette année ses 30 ans. Quels concerts ont le plus marqué votre histoire, et pourquoi ?
Dina Bensaïd : Un concert s’impose comme un moment phare : en 2016, sous la direction de Jean-Claude Casadesus, la Septième Symphonie de Beethoven, suivie d’un arrangement de l’OPM de l’Ave Maria de Caccini, mêlant des chants des trois grandes religions.
C’est le pouvoir de rassembler qui nous touche profondément dans cet art qui nous transcende.
Quelle est, selon vous, la plus grande réussite de l’OPM ?
Farid Bensaïd : D’avoir tenu dans la durée, d’exister encore aujourd’hui, porté par un public curieux et fidèle, présent à chaque représentation.
Pour les 30 prochaines années, quel vœu formuleriez-vous pour l’orchestre ?
Dina Bensaïd : Qu’il dure et qu’il vive au-delà de nous. Qu’il continue de grandir, de rayonner, de faire vibrer, et qu’il puisse accueillir les plus grandes œuvres avec les plus grands solistes.
Au-delà de l’orchestre, quel rêve culturel aimeriez-vous encore voir grandir au Maroc ?
Farid Bensaïd : Celui d’un Maroc qui brille par son inventivité. Nous avons, dans notre tradition, une force créatrice unique, une manière bien à nous de faire et d’imaginer. Le rêve, c’est de continuer à tracer notre chemin, en restant fidèles à ce que nous sommes.
Une saison 2025–2026 riche et plurielle
Après le ballet Casse-Noisette, présenté fin janvier au Théâtre Mohammed V de Rabat, février s’est ouvert avec Chœurs à Cœurs, une tournée du Chœur Philharmonique du Maroc célébrant la puissance de la voix collective sous la direction du chef Anass Ismat. Début mars, la musique de chambre sera à l’honneur avec le cycle Concerts de Poche #3 à Marrakech, Casablanca et Rabat, avec au programme des œuvres de Schubert et Beethoven interprétées par Farid Bensaïd et Serge Moukarzel. Du 30 mars au 4 avril 2026, l’OPM Competition consacrera pour la première fois une édition internationale au violoncelle, avec demi-finales, grande finale et concert des lauréats, sous l’égide de l’Académie du Royaume du Maroc. Enfin, du 19 au 22 mai 2026, la saison se conclura sur une note résolument contemporaine avec Fusion : l’OPM invite Hoba Hoba Spirit, une rencontre inédite entre symphonique et sonorités modernes à Agadir, Rabat et Casablanca.
Partenaire fidèle de l’Orchestre Philharmonique du Maroc depuis une décennie, Royal Air Maroc est engagée dans le rayonnement de la culture à l’échelle nationale et internationale.
Toutes les informations sur www.opm.ma
Date de publication Mars 2026
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