Meriem Berrada, au seuil de l’œuvre
Directrice artistique du MACAAL à Marrakech, musée récemment rouvert, et après avoir porté le festival…
Directrice artistique du MACAAL à Marrakech, musée récemment rouvert, et après avoir porté le festival de photographie Tasweer à Doha, Meriem Berrada n’envisageait pas nécessairement de s’engager aussitôt dans un projet d’une telle ampleur que le Pavillon du Maroc à la Biennale de Venise, du 9 mai au 22 novembre 2026.
Mais à la lecture de la note conceptuelle de la commissaire générale, Koyo Kouoh, de cette 61e édition, autour du thème In Minor Keys, une évidence s’impose : le travail d’Amina Agueznay y entre en résonance profonde. Elle revient ici sur la genèse du projet et la pensée curatoriale qui l’accompagne.
Notre collaboration a débuté en 2018 autour du projet Noise, une bibliothèque de matières issue d’un atelier de tissage mené à Asilah avec quinze maâlmates (maîtres artisanes).
J’avais toujours été sensible aux savoir-faire traditionnels, à la précision d’une broderie, à la puissance d’exécution du geste artisanal. Mais c’est avec Amina que j’ai véritablement appris à regarder ces formes vernaculaires autrement que par leur esthétique ou leur technicité, en observant comment, avec ses complices, elle les déconstruit, les réactive et les réinterprète.
La proposition curatoriale s’articule autour de la notion de seuil, al âtba en arabe darija, dans ses dimensions architecturales, symboliques et spirituelles. Al âtba dépasse largement la simple fonction de séparation entre intérieur et extérieur.
C’est un point de passage, mais aussi un lieu de transition entre le privé et le public, le sacré et le profane, le connu et l’inconnu.
Dans plusieurs régions du Maroc, il fait l’objet d’usages rituels lors de moments charnières : départs, retours, mariages, deuils.
Effectivement, nous convoquons à la fois des héritages populaires et des regards académiques.
L’anthropologue Malek Chebel, spécialiste des imaginaires du monde musulman, y voit un lieu chargé de forces invisibles.
L’architecte égyptien Hassan Fathy, figure majeure d’une architecture ancrée dans les traditions locales, souligne combien les seuils et les transitions douces sont essentiels pour organiser l’expérience sensorielle et sociale de l’espace.
L’écrivain et penseur marocain Abdelkébir Khatibi, quant à lui, utilise la notion de seuil comme un lieu de décentrement, une manière d’articuler les héritages sans les opposer.
Ce qui m’intéresse profondément, c’est cette porosité : ne pas s’arrêter à la frontière, mais observer ce qui se passe dans cette zone de transition.
Le seuil n’est ni dehors ni dedans. Il est entre.
C’est précisément dans cet interstice que se situe son approche.
Amina s’intéresse aux récits pluriels, à ce que l’on peut produire ensemble depuis les quatre coins du pays, à composer à partir d’une diversité exceptionnelle de talents, de gestes et de trajectoires de vie.
Sa pratique est fondamentalement ancrée dans le terrain et dans le collectif.
Il dévoile des gestes, des transmissions, des savoirs qui s’inscrivent dans le temps long, tout en révélant leur capacité à résonner avec les langages de l’art contemporain.
Ce n’est pas de la mise en valeur du patrimoine pour lui-même : c’est une activation, un langage en acte. Les savoir-faire traditionnels ne sont pas traités comme des vestiges à préserver sous cloche, mais comme une matière vivante, capable de se réinventer et de dialoguer avec notre époque.
Date Publication Mai 2026
Directrice artistique du MACAAL à Marrakech, musée récemment rouvert, et après avoir porté le festival…
Chaque printemps, un parfum singulier enveloppe Marrakech. Subtil, profond, presque insaisissable, il émane des fleurs…
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