Soundouss Chraïbi : écrire pour traverser les silences

Figure parmi les autrices les plus remarquées du Salon du livre de Rabat, Soundouss Chraïbi déploie une écriture d’une grande justesse, où l’intime rejoint l’universel.

Dans son premier roman Le soleil se lève deux fois, elle interroge avec finesse les liens de filiation, les déplacements intérieurs et les chemins d’émancipation. Une voix délicate et affirmée, qui s’inscrit déjà parmi les présences marquantes de la scène littéraire contemporaine.

Vous avez longtemps été journaliste littéraire. Que ressentez-vous en passant de l’autre côté, en tant qu’autrice ?

C’est une sensation à la fois forte et étrange. Je crois que même lorsqu’on écrit de la fiction, publier un roman implique forcément une forme de dévoilement. C’est parce que la littérature relève de l’intime qu’on ne peut pas échapper à la part de vulnérabilité qu’implique la parution d’un texte qu’on a porté en soi pendant plusieurs années.

Dans ce premier roman, quelle place tient  l’autobiographie face à la fiction ?

 Le soleil se lève deux fois est d’abord un roman, et donc, une fiction par essence. La narration à la première personne peut prêter à confusion, mais ce n’est pas mon histoire, ni celle des femmes de ma famille. Cela dit, l’environnement dans lequel évoluent ces personnages m’est très familier. À commencer par la culture tangéroise, qui est aussi la mienne, et dont j’ai souhaité raconter la beauté et les subtilités. Il y a aussi la maison dans laquelle se déroule le récit qui doit beaucoup au réel. Ce roman a été construit comme une traversée, pièce par pièce, d’une grande maison familiale. Je me suis pleinement inspirée de celle de ma grand-mère, c’est un lieu dans lequel j’ai passé beaucoup de temps, qui n’existe plus aujourd’hui, et que j’ai aimé retrouver en le transposant dans une fiction.

Vous êtes très jeune, et pourtant vous donnez voix à des femmes d’une autre génération…

J’ai souvent eu l’impression que les femmes étaient d’abord vues, comprises et racontées à travers les rôles qu’elles occupent dans une famille : la mère, la grand-mère, la tante… On les associe trop facilement à ces fonctions, en omettant la personne qu’elles ont été, et qu’elles continuent d’être au-delà de ce rôle. Ces archétypes réduisent la complexité de leurs histoires individuelles. La littérature permet de faire de la place aux nuances, aux vies imparfaites entremêlées les unes aux autres. Je pense que lorsqu’une femme raconte sa mère, sa soeur ou sa grand-mère, elle dit aussi quelque chose d’elle-même à travers ce récit.

Pourriez-vous citer quelques livres qui vous ont marquée, et que vous aimeriez conseiller à nos lecteurs ?

Elena Ferrante est, pour moi, l’une des plus grandes romancières de son temps : je me rends compte que la lire a fortement contribué à forger mon idéal romanesque. Il y a aussi La maison de Bernarda Alba, magnifique pièce de théâtre de Federico Garcia Lorca qui m’a inspiré.

Date Publication Mai 2026

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